SCA0PEST : késako?

D’où vient SCAOPEST ?

SCA « zéro » PEST, pour Système de Culture Agroforestier « zéro PESTicide », est un projet DEPHY EXPE Ecophyto 2012 dont l’objectif est de mettre en place et de suivre, en conditions agricoles réelles, les performances d’un système de grandes cultures agroforesté sans pesticide. Le projet bénéfice d’un financement pour six ans (2013-2018).

L’idée de SCAOPEST est issue d’un constat : les connaissances en agroforesterie concernent surtout les lignes d’arbres alors que son acceptation ne sera envisageable que lorsqu’il pourra être attesté de ses impacts sur les cultures. En parallèle, l’agroforesterie permet une facilitation des services de régulation biologique ; un dispositif expérimental « sans pesticide » est donc idéal pour limiter la perturbation chimique des dynamiques de populations étudiées. Ainsi, SCAOPEST est apparu logique pour :
– tester le potentiel agronomique d’un système agroforestier sans pesticide
– identifier les interactions arbres / cultures et arbres / organismes de régulation biologique (avantages et inconvénients)
– déterminer la pérennité socio-économique du système global (céréales, oléagineux, fourrages, arbres…) en sols limitants
– assurer un transfert aux acteurs de la formation, du conseil, de l’expertise


Trois actions, trois objectifs et trois contraintes

Le projet SCAOPEST se subdivise en trois actions principales :

  • Action 1 : concevoir le système de culture innovant (SdCi) SCAOPEST
  • Action 2 : évaluer globalement les performances du SdCi SCAOPEST pour en limiter les impacts environnementaux et en assurer la pérennité socio-économique
  • Action 3 : diffuser les avancées agrotechniques et accentuer leur transfert

Le projet SCAOPEST répond à trois objectifs principaux :

  • Maximiser une production commerciale respectant les cahiers des charges des filières en limitant l’impact des bioagresseurs
  • Limiter les impacts environnementaux autres que ceux liés à l’utilisation des pesticides (consommation énergétique et en eau)
  • Maintenir un revenu pour l’agriculteur

Le projet SCAOPEST respecte trois contraintes :

  • Ne pas recourir aux pesticides, y compris traitements de semences, à l’exception des produits de biocontrôle
  • Inclure autant que possible (i) les cultures des principales filières existantes (blé tendre d’hiver, orge, colza) comme (ii) les cultures à venir de la région (tournesol) et (iii) les cultures utiles à l’atelier « vaches laitières » (cultures fourragères)
  • Accentuer voire systématiser l’apprentissage par la pratique auprès des étudiants et acteurs du monde agricole


Une parcelle à risque mais aussi à services

En Picardie, sur les terres de la ferme de l’Institut Polytechnique LaSalle Beauvais, le dispositif expérimental SCAOPEST de 3,5ha est implanté au sein de la parcelle agroforestière du Marquis – 34ha (figure 1).

Emplacement de SCA0PEST au MarquisFigure 1 : Emplacement de SCAOPEST parmi les huit sites INRA RésOpest – réseau partenaire de dispositifs expérimentaux « zéro pesticide » (à gauche) et positionnement du site expérimental sur la parcelle agroforestière du Marquis (à droite).

Située en Picardie, 5ème région exposée à l’aléas érosion (INRA, GISOL 2001), la parcelle expérimentale est à la limite entre le plateau picard et le pays de Bray. Positionnée entre deux bois de 10 et 30ha, sa connectivité écologique a été renforcée en 2010 par l’implantation des lignes d’arbres. Les masses d’eau superficielles voisines montrent un état écologique et chimique bon à mauvais (nitrates : 10 à 40 mg/L, DREAL Picardie, 2010). De plus, la pente moyenne de 6% accentue les risques d’érosion et de transfert des polluants vers les eaux.

Les sols de la parcelle expérimentale sont particulièrement hétérogènes ; sur la zone SCAOPEST, ils sont limono-argileux à argilo-limoneux avec 15 à 20% de silex et une profondeur d’enracinement variant de 45 à 55cm. Ressuyant difficilement à l’automne, ils peuvent être très séchants au printemps d’où un fort risque de stress hydrique lors d’épisodes secs. Les sols du site expérimental sont donc représentatifs des sols difficiles de la région (potentiel de rendement en blé conventionnel : 50 à 60q/ha).

Les lignes d’arbres sont espacées de 30m et permettent de délimiter six sous parcelles d’un peu plus de 5000m² (195m de longueur) hébergeant chacune une des cultures de la rotation (figure 2). Au pied des arbres, une bande enherbée de 2m de large. Sur chaque sous parcelle, huit stations de mesure de 16m² sont disposées tous les 20m, conformément au protocole déterminé par l’INRA.

lignes d'arbres et délimitations
Figure 2 : Les lignes d’arbres enherbées espacées de 30m délimitent les six sous parcelles de 5000m²


Un système de culture co-conçu de manière participative

La phase de co-conception du SdCi a eu lieu de janvier à octobre 2013 en quatre ateliers. Lors de ces rendez-vous, les discussions avec plusieurs experts, issus des instituts techniques (CETIOM, Agro-transfert Ressources et Territoires…), de la recherche (INRA), des chambres d’agriculture, du développement ainsi que des agriculteurs, ont permis de statuer sur le choix de la succession, des associations de cultures et des cultures intermédiaires (figure 3). Les bioagresseurs à risque dans la région ont également été identifiés avec leurs seuils de nuisibilité respectifs. Au cours des deux derniers ateliers, les aspects travail du sol, dates de semis et désherbage mécanique ont été abordés afin de mettre en place des stratégies d’évitement de la flore adventice. Enfin, des objectifs de rendement par culture ont été estimés.

SCA0PEST - Rotation sans ITK-2-01 Figure 3 : Succession culturale retenue lors du dernier atelier de co-conception (n°4) le 7 octobre 2013.

Sur sols limitants et en l’absence de traitements, les rendements objectifs retenus correspondent à 2/3 du potentiel de rendement en conventionnel : 55q/ha en blé, 45q/ha en orge de printemps, 25q/ha en colza, en tournesol et en féverole d’hiver et 8tMS/ha en luzerne. Les leviers agronomiques mobilisés pour atteindre ces résultats malgré la contrainte « zéro pesticide » sont une rotation longue alternant les cultures d’hiver et de printemps, une réflexion au sujet des dates et des densités de semis, des variétés tolérantes aux maladies et non favorables aux insectes, des associations de cultures, des mélanges variétaux, le désherbage mécanique…


Un suivi continuel des performances des cultures

Pour chacune des six cultures, un protocole décrit précisément le suivi agronomique à réaliser de la levée à la récolte (protocole calqué sur les travaux du réseau INRA RésOpest dans un but de comparaison). Les indicateurs de l’état des cultures sont la qualité de la levée, l’évolution des stades, le nombre de plantes par m² (peuplement), le nombre d’épis par m², la hauteur des plantes, les carences en certains éléments essentiels… En parallèle, les attaques de bioagresseurs sont suivies lors des stades sensibles : par exemple, la pression limaces est systématiquement mesurée à la levée alors que l’infestation en maladies est évaluée à la floraison et lors du remplissage des grains. La flore spontanée étant impactante tout au long de l’année, l’état d’enherbement des parcelles est relevé lors de 4 rendez-vous : en interculture, avant le premier désherbage mécanique, après le dernier désherbage et à la fermeture du rang.

Vue de SCA0PEST en 2015
Figure 4 : Vue globale du dispositif SCAOPEST depuis le sud de la parcelle du Marquis (juin 2015).

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