Campagne 2014

Une première année difficile

La campagne SCAOPEST 2013-2014 restera particulière car elle est caractérisée par la mise en route de l’expérimentation. Ainsi, la prise en main des outils et techniques par le personnel, la disponibilité du matériel nouvellement acquis et des semences non traitées, ainsi que certaines incohérences du SdC ayant échappé aux experts lors des ateliers de co-conception, ont été une première source de difficultés. En parallèle, l’hiver humide et exceptionnellement doux – +58mm et +2°C en décembre, janvier et février, par rapport à la moyenne des 17 dernières années – a perturbé les semis d’automne comme de printemps et a engendré une très forte pression bioagresseurs qu’il a été difficile de maîtriser…

Les résultats culture par culture

En 2013-2014, le dispositif expérimental a hébergé une parcelle de tournesol associé à la luzerne, une luzerne, une féverole d’hiver, une orge de printemps ainsi que deux parcelles de blé tendre d’hiver. Un de ces blés remplace le colza associé initialement prévu mais retourné car intégralement ravagé par les limaces (semis pas assez dru et trop tardif).

Tournesol associé à la luzerne
Malgré un contexte local plutôt décevant, les résultats du tournesol SCAOPEST ont été très encourageants. Le labour de printemps a permis un lit de semences propre pour l’association mais les conditions sèches en mars et avril ont perturbé les faux semis ; des chénopodes, des morelles, des renouées et des séneçons se sont développés dès le retour des pluies mais ils ont été concurrencés par la luzerne. A la levée, les limaces n’ont pas posé de problème grâce aux travaux du sol et au climat sec ; quelques dégâts de lièvres ont par contre été observés localement. Si les corneilles n’ont pas perturbées la levée, les pertes de rendement à la récolte, dues aux passereaux,  ont été estimées à 15%. Au niveau maladie, un tiers des pieds touchés par le sclérotinia et deux tiers touchés par le phoma, mais dans des proportions peu impactantes. L’implantation de la luzerne avec le tournesol a été une réussite et les deux cultures n’ont pas paru se concurrencer ; la légumineuse restera en place deux saisons supplémentaires.

Tournesol en fleur

Luzerne 1
Avoir une parcelle de luzerne la première année d’étude a nécessité une implantation estivale, contrairement à ce qui est prévu dans SCAOPEST (semis au printemps, associée au tournesol). Le positionnement à cette période, ainsi que la quantité de résidus et de repousses du précédent escourgeon, ont été défavorables au démarrage de la culture. Ensuite, dès la mi-septembre, elle a été affaibli par des défoliaisons exceptionnelles dues aux sitones, accentuant ainsi la concurrence des graminées. Escourgeons, vulpins et bromes ont pu être maîtrisés au printemps par des gyrobroyages répétés, laissant ainsi une belle luzerne pour les fauches d’été… mais un peu tard dans la saison pour atteindre le résultat espéré… Finalement, l’implantation printanière apparaît primordiale.

Luzerne après reprise

Féverole d’hiver
Les conditions humides de l’automne 2013 ont imposé un semis sur labour ne permettant pas de faux semis. Cependant, le lit de semences propre grâce à la charrue, la faible proportion de germinations d’adventices grâce au semis fin novembre, ainsi que l’excellente efficacité du binage dans l’inter-rang n’ont laissé que peu de place au salissement. Au printemps, toutes les plantes ont été touchées par les sitones (morsures sans incidence pour le rendement) et, malgré l’abondance des coccinelles, de nombreux manchons de pucerons noirs ont été observés. Dès la mi-juin, la moitié des étages foliaires ont été infestés par la rouille et le botrytis ; la maladie est ensuite passée sur les gousses à l’approche de la moisson. L’absence d’hiver, très favorable à la rouille notamment, aura été néfaste pour la réussite de la féverole cette année.

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Orge de printemps
L’hiver particulier a perturbé la qualité de l’implantation au printemps : non seulement l’absence de gel n’a pas structuré le sol mais, de plus, les précipitations importantes l’ont compacté. Le lit de semences pour l’orge a alors été grossier et tout à fait inadapté aux conditions sèches du mois de mars. Ainsi, la levée a été très hétérogène, avec pour conséquence des zones clairsemées et/ou avec des retards de développement. Par contre, le lit de germination et la météo ont aussi été défavorables à la flore spontanée (mis à part la renouée faux liseron), limitée en outre par le pouvoir étouffant de l’orge. Si quelques plantes ont été touchées par les limaces et les lièvres, c’est, sur orge également, la rouille qui a le plus impacté la culture, dans une moindre mesure que sur féverole et blé toutefois.

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Blé tendre
Cette année, deux parcelles de blé ont été implantées : un mélange de trois variétés d’une part et une variété pure d’autre part,  identifiées spécialement pour leur tolérance/résistance à la rouille jaune et à la septoriose. A l’implantation, les conditions humides ont imposé un semis sur labour, contrairement à ce qui était prévu (faux semis pour diminuer le stock semencier). L’hiver exceptionnellement poussant a été favorable au développement des vulpins, agrostis et coquelicots… sans possibilités d’interventions mécaniques (sol ressuyant lentement). Au printemps, si les outils de désherbage ont permis d’éviter de nouvelles levées, il n’a pas été possible de maîtriser les plantes développées au cours de l’hiver. Couplée aux conditions sèches qui ont suivies les deux apports de fertilisants, cette biomasse adventice a semblé responsable de la faible utilisation de l’azote par la culture, ce qui s’est traduit notamment par un faible tallage et donc peu d’épis/m². Enfin, une exceptionnelle pression rouille jaune (record battu de précocité en Picardie) s’est rajoutée aux contraintes subies par le blé ; le mélange variétal n’a d’ailleurs pas paru présenter d’intérêt comparé à la culture pure. De plus, la situation en blé sur blé, conséquence de la première année d’étude, a favorisé le développement des maladies telluriques. Ainsi, en cette première année d’étude, tous les facteurs limitants les performances du blé ont semblé réunis.

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Enseignements de la campagne 2014 et pistes d’amélioration

Globalement, les difficultés rencontrées en cette année de mise en route de SCAOPEST ont été la conséquence du besoin de prise en main à la fois du matériel – nouvellement acquis ou déjà présent – mais aussi du sol superficiel, argileux et caillouteux. Ce sol répondant difficilement, il apparaît nécessaire d’intervenir tôt, notamment :
avancer les dates de semis : semer le colza fin juillet afin qu’il soit bien développé à l’automne et compétitif vis-à-vis des bioagresseurs ; ne pas semer le blé après le 20 octobre pour permettre un (des) désherbage(s) mécanique(s) avant l’hiver
avancer la date du 1er apport de fertilisant et l’enfouir systématiquement lors d’un désherbage mécanique pour éviter une éventuelle volatilisation
détruire précocement le couvert d’interculture dans ces sols où les outils rentrent difficilement, ce qui implique de multiplier les passages
travailler le sol dès l’hiver, sur sol gelé, pour les cultures de printemps, afin d’avoir le temps de préparer un bon lit de semences

En outre, l’exceptionnelle pression bioagresseurs, due à l’absence d’hiver, a permis d’identifier dès la première année les risques principaux : limaces sur colza, sitones sur luzerne, rouille sur féverole et céréales, graminées sur cultures d’automne… Ainsi, l’année 2014 a incité à :
ne pas hésiter à semer dense : semer le colza à l’épandeur à engrais à 300 grains/m² et dessiner les rangs à la bineuse à l’automne selon les manques dus aux limaces, altises… ; de même, pour les céréales, un peuplement plus élevé permet d’être plus agressif lors des désherbages mécaniques
semer le blé à écartement large (inter-rang 25 cm) afin de pouvoir biner au printemps et ainsi détruire des adventices trop développées pour la herse étrille
faucher les bandes enherbées avant grenaison aux pieds des lignes d’arbres agroforestiers grâce microtracteur nouvellement acquis
revoir le positionnement des labours dans la rotation : il apparaît que semer le colza fin juillet (attention aux repousses du précédent blé!) et la féverole mi-novembre (période de ressuyage difficile) nécessitera le passage de la charrue la plupart des années ; cela remet en cause le système actuel qui prévoit une implantation sur labour des cultures de printemps (tournesol et orge).

Pour plus d’information, voir le support de présentation du comité de pilotage du 07/11/2014 (pages 39 à 54) dans l’onglet Téléchargements


Un effet des lignes d’arbres agroforestiers sur l’intensité de la pression bioagresseurs?

Athéna et Quentin, les deux stagiaires de l’Université de Picardie Jules Verne (UPJV à Amiens), se sont demandés si l’intensité de la pression bioagresseurs dans le blé et la féverole était influencée par la distance aux lignes d’arbres enherbées : Athéna a suivi la flore spontanée ainsi que le complexe pucerons + ses prédateurs (coccinelles, syrphes et chrysopes) ; Quentin s’est occupé des maladies.

Athéna a alors montré un léger effet de la ligne d’arbres sur la densité de graminées dans le premier mètre de la culture : l’acquisition récente d’un microtracteur pour l’entretien des bandes enherbées va permettre de limiter ce problème. Son travail sur les insectes dans la féverole laisse supposer qu’un phénomène similaire existe sur les populations de pucerons et de ses prédateurs mais une seconde année de suivi est nécessaire pour préciser ces informations. De son côté, Quentin a mis en évidence sur féverole une plus faible intensité du botrytis et de la rouille en bordure de lignes d’arbres, comparé au centre de la culture ; ceci s’est retrouvé sur le rendement qui a été meilleur en bordure.

Pour plus d’information, voir les rapports de stage d’Athéna et de Quentin dans l’onglet Téléchargements

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