Campagne 2015

Une campagne peu arrosée : un avantage en zéro pesticide!

Après un automne doux et peu humide suivi d’un hiver dans la moyenne des 18 dernières années (46 jours de gel, jusqu’à -6,6°C), le printemps et l’été 2015 ont été marqués par un déficit hydrique sévère de mars à août (-165,5mm). Globalement, cela a été bénéfique aux cultures d’hiver déjà bien implantées mais défavorable au tournesol. A l’automne, les conditions ont été idéales pour semer sans labour.

Les résultats culture par culture

En 2014-2015, le dispositif expérimental a hébergé deux parcelles de luzerne (P1 – luzerne 1ère année semée en 2014 avec le tournesol ; P2 – luzerne 2ème année semée en août 2013 pour le début de SCAOPEST), un blé de féverole, une féverole d’hiver, un colza associé trèfle d’Alexandrie et lentille ainsi qu’un tournesol associé à la luzerne.

Luzerne 1ère année (P1)
Après la moisson du précédent tournesol, les séneçons ont continué de se développer dans la luzerne de 1ère année. Aucun passage de vibroculteur n’a été effectué à l’hiver de peur d’abimer la culture (faire un essai l’hiver prochain) ; au printemps, une grande partie des séneçons ayant passé l’hiver ont pu grainer avant la 1ère fauche début juin (cf photo ci-dessous). Par la suite, la sécheresse a complètement inhibé le développement des spontanées et la parcelle est restée très propre. Par contre, le stress hydrique a été défavorable à cette luzerne de 1ère année à l’enracinement encore limité ; le rendement en fourrage en a été impacté.

2015.04.28 - luzerne 1 et seneçon
28 avril 2015 – luzerne 1ère année envahie de séneçon en grenaison

Luzerne 2ème année (P2)
Très sale lors de sa 1ère année (vulpins et bromes), la luzerne de P2 a pris le dessus sur les adventices grâce 1) à deux passages de vibroculteur sur sol gelé qui ont permis de déraciner de nombreuses touffes de graminées et 2) aux conditions météo non adaptées aux mauvaises herbes. Comparé à P1, la culture bien enracinée a tenu face au stress hydrique et le rendement des 3 coupes a été très proche de l’objectif.

2015.07.28 - luzerne 228 juillet 2015 – luzerne 2ème année versée

Blé de féverole (P3)
Les conditions douces et peu humides de l’automne 2014 ont permis une implantation sans labour après des déstockages d’adventices efficaces en octobre. La culture intermédiaire prévue par le SdC n’a finalement pas été implantée car, en l’absence de l’outil chimique, cela imposerait de la détruire précocement en septembre, soit un mois seulement après le semis… Contrairement à la campagne précédente, il a été possible d’intervenir mécaniquement avant l’hiver (houe rotative : semis +3jours ; herse étrille : semis +1mois) et l’écartement des rangs (25cm) a autorisé deux binages au printemps. Ces désherbages ont permis de maintenir la parcelle très propre, excepté dans le tiers sud où le stock élevé de graines de coquelicots dans le sol a rendu difficile le contrôle de cette adventice ; les interventions à l’automne et au printemps ont toutefois permis d’y diminuer sa densité d’un facteur 20. Cette année encore, l’utilisation de l’azote par la culture n’a pas été optimale malgré l’absence de salissement et la limitation des éventuelles volatilisations en période sèche (apports d’engrais positionnés avant une période humide et enfouissement par le désherbage mécanique). Si Arvalis a enregistré cette année de très bonnes absorptions d’azote à la floraison en Picardie, il semble ici que ce soit la sécheresse dans un sol séchant qui ait bloqué l’alimentation du blé (reliquats post-récolte assez élevés). Le tallage a encore une fois été faible (semis tardif, azote peu disponible, forte densité sur le rang…) et a mené à peu d’épis/m². Enfin, le stress hydrique dû au manque de précipitations aura eu pour contrepartie une situation sanitaire exceptionnelle : la septoriose et la rouille jaune, apparues tôt en saison, ont peu évolué par la suite. Ainsi, le rendement du blé a été très proche de l’objectif fixé. Les points à améliorer pour faire encore mieux : assurer une profondeur de semis homogène pour améliorer l’efficacité du désherbage mécanique (grâce au nouveau semoir dispo pour 2016) et augmenter la densité de semis pour augmenter le nombre d’épis/m² dans nos conditions de faible tallage.

blé 217 juin 2015 – Blé de féverole au stade grain pâteux

Féverole d’hiver (P4)
Comme pour le blé, la question se pose de la pertinence d’un couvert alors que l’interculture est de seulement trois mois et en l’absence de destruction chimique. Conformément au SdC, un mélange avoine/pois/moutarde/radis/phacélie/trèfle incarnat/bourrache a été semé fin juillet… qu’il a fallu détruire dès septembre  pour éviter la présence de résidus lors du semis. Comme pour le blé, l’automne a été adapté à une implantation sans labour de la féverole, précédée de travaux du sol permettant de diminuer le stock semencier. Les désherbages mécaniques au printemps (1 herse étrille + 2 binages) ont permis de maintenir la parcelle propre ; le nombre de vulpins/m² a cependant été plus élevé que dans la féverole 2013-2014 car l’absence de labour cette année a engendré des repiquages non gérables sur le rang. A partir d’avril, toutes les plantes ont été touchées par les sitones (morsures sans incidence pour le rendement) mais les conditions ont paru peu propices aux pucerons, beaucoup moins actifs qu’en 2014. Comparé à 2014, le botrytis est apparu à la même période, la rouille s’est faite discrète mais le mildiou a été plus intense : ces trois maladies ont peu évolué grâce au manque de précipitations et la parcelle est restée globalement saine jusqu’à la récolte. Malgré le risque pour la réussite de la féverole en cas de stress hydrique, la sécheresse a très bien été supportée ; le rendement a même été supérieur à l’objectif!

féverole19 mai 2015 – féverole d’hiver au stade fin floraison

Colza associé au trèfle d’Alexandrie et à la lentille (P5)
Suite à la destruction de la culture par les limaces l’année passée, la solution retenue en 2015 a été un semis très précoce à très haute densité à l’épandeur à engrais, suivi d’un traçage des rangs à la bineuse en septembre. Si la technique a paru intéressante à l’automne (beau couvert colza + association), elle a montré ses limites en sortie hiver : 1) un peuplement et des stades de développement très hétérogènes – certaines zones avec concurrence entre plantes, d’autres zones clairsemées et 2) des plantes mal alignées sur le rang – nombreuses plantes blessées lors des binages. Ajouté à cela, une modification du parcours au binage (erreur due à un changement de chauffeur) a été fatale : de nombreux rangs ont été sectionnés – pertes estimées à 10%… A ce peuplement très affaibli s’est ajouté une mauvaise utilisation de l’azote : i) l’antéprécédent est un blé et non une luzerne du fait du début de l’expérimentation – compensé en partie par un apport de lisier très hétérogène ; ii) 1er apport d’engrais un peu faible/tardif et 2nd apport repoussé à cause du climat sec ; iii) sécheresse inadaptée à la bonne alimentation minérale de la culture ; iv) envahissement par les vulpins issus du précédent blé (semis du colza une semaine après la moisson du blé – aucune gestion du vulpin possible sur une si courte période). Les plantes blessées par les éléments de la bineuse et affaiblies par le manque d’eau et d’azote (sécheresse + surdensité) ont été particulièrement sensibles aux attaques d’insectes : a) dégâts de charançons de la tige sur chaque plante au printemps ; b) forte présence de méligèthes avant la floraison (nombreuses fleurs avortées) mais population deux fois plus importante sur les 8% de variété précoce (Es Alicia) ; c) proportion élevée de siliques éclatées par les cécidomyies ; d) plus de la moitié des pivots infestés de larves de cécidomyies oranges et de larves de baris. Niveau maladie, pas de sclérotinia mais quelques siliques touchées par l’alternaria. Finalement, bien que le rendement ait été catastrophique, cette 1ère vrai campagne colza a permis d’identifier clairement les pistes d’amélioration.

2014.10.22 - beau colza et belle asso22 octobre 2014 – colza associé apparemment bien parti…

Tournesol associé à la luzerne (P6)
Le mélange d’interculture (similaire au couvert de P4 – féverole), mis en place à la suite d’un apport de lisier, n’a pas répondu à l’objectif de concurrence avec les adventices du fait d’une densité de semis trop faible. Cela a néanmoins permis de faire germer bon nombre de vulpins issus du précédent blé sans qu’il n’y ait de montées à graine. Le semis du tournesol et de la luzerne a été décalé par rapport à 2014 afin de permettre un faux semis supplémentaire ; cette décision a été responsable du semis tardif (repoussé au 11 mai à cause d’une période pluvieuse), ce qui est risqué si l’on veut pouvoir récolter avant les pluies d’octobre. Au cours du 1er mois, les pertes de peuplement dues aux dégâts de lièvres ont été problématiques, mais pas de réel problème limaces ni d’oiseaux. Une fois bien en place, le couvert de luzerne sous le tournesol a permis de limiter efficacement la flore spontanée. Par contre, il n’a pas été possible de gérer le salissement au démarrage ; en effet il a paru préférable de ne pas utiliser la herse étrille : les conditions sèches ont tout de même limité les levées alors qu’un travail du sol en aurait stimulé de nouvelles, faisant pire que mieux. Seule culture de printemps sur SCAOPEST en 2015, l’association a été très impactée par déficit hydrique : i) il a fortement limité la croissance du tournesol ; ii) avec la chaleur, il a été défavorable à la nutrition minérale (azote mais aussi bore, 100% des plantes carencées en cet élément malgré l’apport en juin) ; iii) il a créé une concurrence pour l’eau entre le tournesol et la luzerne, de même avec les arbres, enracinés superficiellement sur ce sol peu profond. Alors qu’on s’attendrait à une faible pression maladie en année sèche (comme sur les cultures d’hiver), la sévérité du sclérotinia a été plus importante qu’en 2014 (humide). Les observations laissent penser que c’est l’affaiblissement des plantes par la sécheresse qui a été une porte d’entrée pour ce champignon, qui plus est stimulé en fin de cycle par le retour des pluies. A la récolte, les passereaux ont cette année encore diminué le rendement, logiquement décevant par rapport à une année 2014 encourageante. Par contre, la luzerne semble bien implantée malgré le manque d’eau, à suivre en 2016.

2015.10.02 - récolte du tournesol
2 octobre 2015 – moisson du tournesol au dessus de la luzerne

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